Critique du film Riders of justice

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Par Super Seven

le 01/02/2021

SuperSeven :

En ouverture du Festival International du Film de Rotterdam, le danois Anders Thomas Jensen revient, après 6 ans d’absence, avec « Riders of Justice », un thriller sombre et violent. Le postulat de base est assez simple, rappelant bon nombre de films de vengeance – de « Taken » à « John Wick » – : un homme perd sa femme dans ce qui apparaît être un accident, et sombre dans une rage intarissable de justicier en apprenant que ce malheur n’est pas un coup du hasard.

Très vite, Jensen nous plonge dans le mélodrame, parfois peut-être trop appuyé par les cordes des violons qui résonnent à chaque silence des personnages. Markus, père détruit, autant par la perte de sa femme que par la guerre dont il revient, ne parvient pas à communiquer avec sa fille, Mathilde, perdue et se sentant coupable de la mort de sa mère. La mise en scène et les dialogues sont agrémentés de petits détails, qui étoffent les situations et les rendent plus crédibles à nos yeux malgré une tournure des évènement qui tombe rapidement dans l’exagération.
Le militaire revenant tout juste de mission apparaît comme un personnage psychorigide qui ne fait pas dans la dentelle. Le deuil silencieux de cet homme glacial et en dehors de la meute éclate rapidement en violence extrême, presque gratuite, filmée d’une manière assez crue et immersive qui rappelle des cinématiques de jeux vidéos lors de certaines séquences de fusillades. On comprend que le décès de son épouse n’est que l’étincelle ayant allumé la mèche d’un soldat déjà prêt à exploser, traumatisé par son expérience sur le terrain et ne sachant plus réagir autrement que par l’agressivité.

Le versant psychologique du récit est assez bien exploité – bien que parfois un peu grossier – grâce au personnage de Sirius (le petit ami de Mathilde), obsédé par l’analyse du monde qui l’entoure à cause de sa mère thérapeute, mais également grâce au jeu qui se met en place entre les personnages dont le plan de revanche agit comme une thérapie de groupe. Le reste des personnages autour de Markus sont là pour lui faire questionner sa morale. Ils montrent chacun leur tour des réticences censées pouvoir le ramener à la raison. Pour autant, le manichéisme est évité, et ceux-ci ont également des gestes ou des paroles qui encouragent le soldat dans sa folie meurtrière, entraînant cette escalade d’irascibilité à son paroxysme dans des séquences de vendetta meurtrières sous hémoglobine.

C’est là que le film pèche un peu, puisque les motivations des personnages secondaires à accompagner le protagoniste dans sa quête restent floues et peu compréhensibles. On a affaire à des rejetés de la sociétés, récemment renvoyés de leur emploi. On a bien une ébauche d’explication pour Otto, que l’on peut considérer à l’origine de la chose puisque c’est lui qui propose son aide à Markus, abordant la question de la culpabilité, mais rien ne saurait justifier que des personnes lambdas, n’ayant pas grand chose à gagner dans cette histoire, acceptent si vite la vision d’un homme en furie.

Malgré tout, la violence reste contrebalancée par des pointes d’humour de la part du scénariste et réalisateur, habitué à proposer des comédies noires ; « Les bouchers verts » par exemple. Ces petits traits adoucissent les personnages et nous montrent que le récit n’est pas à prendre autant au sérieux qu’on pourrait le croire. Qui plus est, le film ne se résume pas non plus à des coups de fusil et parvient à aborder, ou gratter la surface, d’autres thèmes tels que la foi, l’hérédité, les relations pères-filles ou bien sûr le deuil de manière plus ou moins fouillée et réussie.
Jensen tente aussi de théoriser d’une manière intéressante l’effet papillon à travers le personnage de Mathilde. Elle qui remonte le cours des évènements pour trouver le petit battement d’ailes à l’origine de tout ce raffut, nous démontre comment l’on peut vouloir s’en remettre aux mathématiques pour interpréter des épisodes qui nous dépassent, souvent de manière vaine.

L’ultime retournement de situation apparaît encore une fois comme exagéré, mais a au moins le mérite de nous surprendre. Il permet de révéler les profondes failles de Markus, qui jusque là ne semblait rien éprouver, tout en laissant la superstar Mikkelsen briller une fois de plus dans ce rôle chez son ami réalisateur ; à noter que Jensen n’a jamais tourné un film sans lui.

Finalement, « Riders of justice » est une œuvre qui ressemblent à beaucoup d’autres dans la structure globale de son récit et l’utilisation de la révolte de son protagoniste. Pourtant, elle sait aussi user d’une telle outrance que l’on trouve son intérêt ailleurs, en se concentrant sur certaines subtilités sous jacentes. Il n’en ressort pas un immense film, mais qui décèle tout de même une certaine intelligence d’écriture.


Pauline Jannon

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