Critique du film Le feu sacré

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Par Super Seven

le 24/10/2020

SuperSeven :

C’est en octobre 2018 que les salariés de l’aciérie Ascoval apprennent la future fermeture de leur usine. Au même moment, Éric Guéret allume sa caméra et décide de suivre leur épopée.
Le premier plan du documentaire "Le Feu Sacré" est un plan serré, montrant le visage d'un homme dépité, les yeux humides et la gorge serrée, qui pleure face caméra. On sent bien que quelque chose ne va pas, et ce n'est pas la seule personne à laisser exprimer ses émotions pendant cette séquence, puisque d'autres sont montrés de la même façon.

Cette vulnérabilité est déclenchée par cette terrible nouvelle qui leur apprend que leur lieu de travail, une aciérie neuve et rentable à laquelle ils ont donné énormément de temps de leur vie, va fermer ses portes. Pour le grand public, les images diffusées pendant le journal télévisé de pneus brûlés et de carrefours bloqués devant des usines sont parfois difficiles à interpréter. Les employés, eux, et ceux qui connaissent leurs difficultés et leur désespoir savent que c'est le début d'un combat.

Ce combat marque en ce qu’il est mené par une incroyable union entre salariés, syndicats et patrons. Ils ont une mission qui doit être exécutée en un an : trouver un acheteur pour sauver leur usine. « Le Feu sacré » est alors poignant. Il est à la foi simple dans son découpage, car Éric Guéret nous montre de façon chronologique l'aventure des acteurs d’Escoval, mais il illustre aussi de nombreux problèmes liés à la délocalisation. Une délocalisation qui pèse sur toute l'industrie française, entraînant une fermeture de plusieurs usines, comme montré dans le documentaire "Merci Patron" de François Ruffin qui mettait en lumière la fermeture des usines françaises Whirlpool à Amiens. Ces choix et leurs conséquences entraînent de massives pertes d'emplois, ce qui met en péril la vie de centaines voir milliers de familles. Entre 2009 et 2017, ce sont 1928 usines françaises qui ont assisté à leur fermeture, pour un total de 600 000 postes supprimés.

Á travers son documentaire, Éric Guéret s’intéresse à des personnalités, et l’on suit avec beaucoup d’attention le rôle de chacun des employés et syndicalistes qui se battent pour la survie de leur usine. Le temps passé avec eux, les rires, les larmes, les moments de soulagement comme les moments de colère et de fatigue les rendent profondément attachants.
On vit là une année de lutte acharnée, avec des rendez-vous très tendus avec les potentiels acheteurs, les meetings avec Bruno Lemaire à Bercy, ou encore les multiples coups de fil entre Vallourec le groupe qui tient à fermer l’usine.

Entre espoirs et déceptions nous sommes spectateurs d’un groupe d’hommes et de femmes submergés par la peur. Ces personnes tiennent à leur aciérie, elles y sont toutes fortement attachées. Malgré leur image de brutes un peu salies par ces immenses machines, montrées grâce aux plans larges du réalisateur qui illustrent l'énormité de cette usine et de cet acier fondu qui brûle à 1700°, ce sont bien des gens sensibles et solidaires qu’Éric Guéret donne à voir. « Le Feu Sacré » est alors un documentaire exceptionnel, qui éduque le spectateur tout en créant un portrait humaniste et bouleversant des personnalités de ce microcosme.


Nikolas "Kosby" Tillier

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