Billet FEMA 2024 #2 : No Pasarán

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Par Super Seven

le 08/07/2024

Et si le plus beau film de la dizaine de jours écoulées au FEMA était un graphique s’animant sur un écran de télévision ? Après une édition intense, marquée par la découverte de très belles choses, la pression est redescendue d’un coup à 20h. Ceux qui ne sont pas allés voir le Napoléon vu par Abel Gance en clôture ont découvert les tout aussi expérimentaux et réjouissants résultats du second tour des législatives voyant la gauche s’imposer. Plus tôt dans la semaine, on parlait de croire aux miracles après la découverte du Guérilla des Farc de Pierre Carles. Apparemment nous avons bien fait, notre lutte n’a pas été vaine non plus. Attention, ce n’est qu’une victoire relative, tout est à construire et les fachos ont tout de même gagné du terrain mais ça fait du bien. Les cinéphiles festivaliers, coincés entre déni du politique dans les salles et mobilisation verbale en dehors, sont désormais apaisés et prêts à repenser aux films vus avec un autre œil (celui de l’émotion pure, enfin) sans perdre de vue ce biais d’appréciation qui nous a animé et exalté. Car ce que nous avons appris dans cette période trouble, c’est que plus qu’hier et moins que demain, communiquer est vital et que le cinéma recèle la possibilité d’un changement de cap, d’ouverture au monde, de compréhension de celui-ci. Marcel Pagnol étudie la bonté humaine et prône l’acceptation des erreurs de l’autre pour créer un vivre ensemble tout en livrant de beaux portraits féminins, modernes et affirmés, même quand elles sont étouffées par les hommes. Chantal Akerman, elle, part de cet état de fait pour décortiquer le quotidien, les petits gestes, la domination insidieuse et le besoin d’évasion. Natalie Wood et Françoise Fabian ont rappelé la versatilité de leur jeu, leur intelligence dans les choix de carrière par leurs cycles respectifs : Une certaine rencontre de Robert Mulligan et Ma nuit chez Maud ne sont pas si éloignés l’un de l’autre dans leurs récits aux tempos dictés par la femme qui s’approprie l’espace pour mieux le gouverner. Cela n’empêche pas une forme de « violence artistique », comme chez Michael Haneke qui s’est toujours attelé à développer un rapport critique aux images (revoir Caché, entre autres), pour citer le concurrent contemporain de Napoléon, « L’empereur » Alkpote. Militer, nous l’avons vu, c’est ne pas avoir peur de s’exprimer – ce que ceux d’extrême-droite ont bien compris par leur tentative d’imposer un régime de terreur entre deux tours en se voyant déjà en haut de l’affiche. D’où la joie de pouvoir entendre la même semaine les présentations engagées des invités du festival – d’Alain Guiraudie à Gérard Lefort en passant par Gaël Teicher ; l’intervention aussi exceptionnelle (vu le contexte et le silence du milieu culturel) que maladroite des rappeurs de No Pasarán ; l’émergence de nouvelles voix au sein de l’union de gauche telles celles de Marine Tondelier ou Raphael Arnault, en n’hésitant pas à s’implanter sur les réseaux sociaux cf. la belle idée de l’ASMR et l’intervention de Manès Nadel sur Blast comme promesse de demain. La victoire est sans doute due à ces irruptions dans un espace médiatique qui préférait faire la part belle aux polémiques et aux guignols de la rive droite de l’hémicycle, contrairement à ce qu’a pu affirmer hier soir MLP, la rageuse en chef, qui a mal digéré le vrai rassemblement, celui du NFP. On ne pouvait rêver mieux qu’une telle issue à cette édition si singulière – historique même, osons le terme – du FEMA. La mélancolie habituelle du port évidé a cédé place à un déchaînement frénétique à la sortie des dernières séances ; La fureur de vivre était de la partie et est devenue mot d’ordre de la fête conclusive. Il fallait y être pour chanter en chœur, et quel que soit l’âge, « La jeunesse emmerde le front national » avec toute l’équipe, soulagée, d’un festival menacé par le scrutin. La gueule de bois du lendemain est douce mais nous lisons les résumés des différentes prises de position avec prudence. On parle de trahison, certains agacent en jouant déjà la carte de la dissidence, et Mélenchon, malgré un discours tenu, n’a pas manqué de susciter une certaine gêne en se mettant d’emblée en avant. L’union existe, on le sait désormais, mais elle demeure fragile, il faut donc tout mettre en œuvre pour la préserver. Aujourd’hui l’avenir a une histoire, pour nous intimement liée au FEMA et qu’il s’agit d’étendre à tout le territoire, alors sortons nos plumes et écrivons la suite pour que les prochaines éditions soient aussi puissantes et réussies que celle-ci.


Elie Bartin


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