Par Super Seven
Cette année, le Festival du Film d'Arras a choisi de mettre en avant des récits impliquant la responsabilité vis-à-vis des enfants. On vous croit de Charlotte Devillers et d’Arnaud Dufeys nous plonge dans l’état d’urgence vécu par Alice (Myriem Akheddiou), convoquée devant la justice pour défendre la garde de ses enfants, Lila et Etienne, face à son ex-mari accusé par leur jeune fils de violences sexuelles. Alice est survoltée et a bien des raisons de l’être : son mari nie les accusations et la fait passer pour malade. La caméra ne lâche pas Alice et nous emmène avec elle dans ce petit théâtre qu’est le tribunal au sein duquel elle, son ex-mari, les avocates des deux partis, l’avocat des enfants et la juge ont un rôle crucial à jouer. Les gros plans tour à tour sur chacun d’entre eux les laissent exprimer leurs points de vue, bien que le temps supplémentaire donné à Alice permette de s’imprégner autant de ses silences que de ses mots. Les quelques interruptions lors de sa prise de parole, pour induire qu'elle livrerait une version faussée des faits, sont laissées en hors-champ pour embrasser la position du titre : Alice doit être crue.
Par ce biais, On vous croit choisit de dépeindre une mère au bout du rouleau jusqu’au plan final où la reprise de respiration n’est pas encore assurée – la fin reste ouverte sur la décision finale de la juge. Il ne s’agit pas d’une héroïne impassible à la peau dure, mais une madame-tout-le-monde qui, à tout moment, est en passe d’éclater. Le jeu de Myriem Akheddiou y est pour beaucoup. Elle accorde à Alice une émotion transparente, les yeux embués de larmes, une colère sous-jacente puisqu’incapable de parler au tribunal tant que la parole ne lui est pas permise, de facto impuissante quant au fait de se défendre sur ce qu’elle peut entendre de plus abject sur elle ; son ex-mari tente de retourner la situation contre elle sur les problèmes de santé de leur fils, l’avocate de ce dernier qui la blâme sans ciller sur sa profession liée à l’éducation contre les violences sexuelles…
Pour autant, cette immersion au plus près d’Alice et de ses enfants confirme la réaction simplement humaine d’une mère à qui on l’on somme de mieux “se tenir”, le film en lui-même permet justement à son personnage principal de manifester ce qu’elle a toujours eu besoin de lâcher.
On vous croit - Charlotte Devillers & Arnaud Dufeys (Jour2Fête)
Toujours dans cette thématique mais sur un ton bien plus doux, le troisième long-métrage de Nathan Ambrosioni, Les enfants vont bien, était présenté. A l’image de Toni en famille, le cinéaste continue son exploration des rapports parents-enfants en collaborant pour la seconde fois avec Camille Cottin.
Après la disparition inexpliquée de sa sœur Suzanne (Juliette Armanet), Jeanne (Camille Cottin) devient contre son gré mère de substitution de son neveu, Gaspard, et de sa nièce, Margaux, qu’elle ne connaît pas réellement. Bien que persuadée du futur retour de Suzanne, elle se prend à sa grande surprise d’affection pour les enfants sans que cela appelle à une lourdeur émotionnelle. En effet, loin du récit quelque peu attendu de la femme qui se découvrirait un instinct maternel refoulé, Jeanne demeure fermée, taiseuse : elle accepte de faire des efforts mais n'entend pas réaliser de miracles.
Par la largeur de ses cadres, Ambrosioni sépare l'espace adulte de celui des enfants, confirmant la distance entre Jeanne et ce rôle qu’elle refuse d’endosser. Cette distance, malgré la proximité induite par le lien familial jamais vraiment tissé, se mue en frictions, passage obligé pour opérer un rapprochement entre eux.
La sœur disparue n'est que le prétexte pour Jeanne de se confronter à ses responsabilités et frustrations passées : sa vie sentimentale compliquée avec son ex Nicole (Monia Chokri), artiste peintre sur qui la protagoniste se repose un peu trop dans un premier temps pour nouer un contact avec son neveu et sa nièce, son lien très distant avec son père quasiment invalide, la mort précoce de sa mère lorsqu’elle avait 10 ans… Cette galerie d'informations permet d'identifier Jeanne comme un être forcé à ne compter que sur elle-même au point de négliger autrui, de ne plus laisser entrer personne dans sa bulle. Cette même bulle dans laquelle se replient souvent les enfants en état de choc. Avec beaucoup de subtilité et à l’aide d’une lumière légèrement oscillant entre des couleurs printanières, principalement le bleu en intérieur, parfois le vert en extérieur, Ambrosioni enrobe ses personnages d’une joliesse, nous plaçant tantôt à la même hauteur que l’adulte Jeanne, tantôt à celle des enfants. Il a beau filmer ces personnes sous leurs facettes les moins appréciables, il nous invite à ne pas les condamner.
Talia Gryson